Le soulèvement d’István Bocskai et la renaissance de l’Etat transylvain

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Le soulèvement d’István Bocskai et la renaissance de l’Etat transylvain
Tandis que la Transylvanie endurait son propre calvaire, sur le champ de bataille hongrois la guerre entre les Turcs et l’Empire, qui durait depuis 1593, n’avançait pas et paraissait ne pouvoir aboutir. Les armées chrétiennes avaient plusieurs fois tenté en vain de prendre Buda; les Turcs, par contre, avaient pris Kanizsa en 1600, parvenant ainsi aux abords de la frontière autrichienne. Il est vrai que l’armée impériale avait réussi à conserver les territoires occupés au début de la guerre, en Nógrád mais, des deux côtés, dans les campagnes 290militaires qui se répétaient d’année en année, il devenait nécessaire, faute de soldats et d’argent, d’employer de plus en plus de forces irrégulières.
Dans cette situation tragique, le gouvernement impérial avait opté pour une étrange solution: sur la base de fausses accusations, il intenta des procès aux plus grands seigneurs hongrois, auxquels il entendait confisquer les domaines. Parmi ces derniers, se trouvait également István Bocskai qui vivait retiré sur ses terres à l’est de la Tisza: on l’accusait d’avoir pris des contacts avec les «exilés» de Transylvanie qui avaient demandé la protection des Turcs. Cependant, les troupes hongroises envoyées contre lui – les «haïdouks» –, réputées pour leur cruauté, et mécontentées par la politique anti-calviniste de l’Empire, se révoltèrent en cours de route et, le 15 octobre 1604, près d’Álmosd, avec l’aide de Bocskai, ils mirent en fuite l’armée de Belgioioso, commandant de Kassa. Le 11 novembre, l’armée de Bocskai grossie des haïdouks entra dans Kassa sans y rencontrer aucune résistance. Ce fut le chef des «exilés», Gábor Bethlen, qui lui remit l’athnamé du Sultan, le reconnaissant Prince de Transylvanie. Bientôt arrivèrent, pour l’assister, des troupes turques et tartares. Bocskai, après quelques défaites, parvint à arrêter la contre-attaque lancée par Giorgio Basta – qui était entre-temps devenu commandant-général de toute la Hongrie –, sur quoi l’ensemble des régions à l’est de la Tisza, à l’exception de Várad, fit acte de soumission au Prince soutenu par les Turcs. Les troupes légères des haïdouks et des Tartares envahirent, à partir d’avril 1605, la presque totalité du royaume de Hongrie et une partie des seigneurs hongrois – sous la direction d’István Illésházy, principale victime des jugements de confiscation de biens – passa aux côtés de Bocskai. En septembre, l’avantgarde de l’armée dévastait les régions frontalières autrichiennes, entre Sopron et Vienne. Les forces de l’armée impériale, réunies à grands efforts (sous le commandement du comte Tilly), n’arrivèrent finalement, au cours de la contre-offensive de fin octobre, qu’à reconquérir la Transdanubie.
Entre-temps, la Diète de Szerencs avait élu, le 20 avril 1605, Bocskai prince souverain de la Hongrie, et celui-ci songeait déjà à demander au Sultan pour lui-même le titre de roi de Hongrie. Cependant, au moment où Lalla Mohamed, le Grand vizir, lui apporta une somptueuse couronne royale, les défaites subies en Transdanubie avaient refroidi l’enthousiasme et Bocskai, qui continuait cependant à rester méfiant vis-à-vis des Turcs, abandonna le projet de couronnement. Par contre, il commença sérieusement à prendre des dispositions pour s’assurer définitivement la Transylvanie qu’il ne possédait pour le moment que théoriquement. Le Prince avait perdu tout contact avec la Transylvanie et son entourage se composait de capitaines de haïdouks, de grands seigneurs de Hongrie, ainsi que de quelques nobles alliés. Les Transylvains, qui lui devaient la guerre, le massacre des Sicules et la misère générale, n’avaient guère confiance en lui. Mais les Ordres se sentaient faibles: ils laissèrent donc Bocskai soumettre d’abord le Partium, puis Lugos et Karánsebes. Ensuite, quand il envoya, sous le commandement de László Gyulaffy, une armée en Transylvanie (au début de 1605), les Sicules tournèrent le dos aux Habsbourg: ils firent confiance à la parole de Bocskai qui leur avait promis de rétablir leurs libertés perdues. La résistance se limitait aux villes saxonnes et au restant de l’armée impériale. Le vieil Albert Huet avait beau déployer une grande activité d’organisation, quand Bocskai se décida à entrer personnellement en Transylvanie – l’été 1605 –, les villes saxonnes et les garnisons impériales se rendirent les unes après les autres. La guerre de 15 ans prenait donc fin en Transylvanie. Le 15 septembre, la Diète de Medgyes installait le nouveau prince.
291Néanmoins, dans les autres régions de Hongrie, le sang continuait à couler. Bocskai abandonna la direction du gouvernement à un vieux noble du Partium du nom de Zsigmond (Sigismond) Rákóczi, tandis que lui-même s’appliquait à conclure la paix malgré l’opposition de certains de ses partisans, et malgré une tentative d’assassinat organisée par la Cour de Vienne. Mais il ne fit pas machine arrière pour si peu. Il donna l’ordre d’exécuter les capitaines de haïdouks fanatiques de la guerre, fit installer une grande partie de ces derniers sur les terres abandonnées à l’est de la Tisza et, comme aux Sicules, il leur octroya des libertés collectives. Les tractations avec la cour impériale trouvèrent finalement un aboutissement avec la paix de Vienne, signée le 23 juin 1606. La Principauté de Transylvanie fut à nouveau restaurée et ses frontières furent même poussées plus à l’ouest (Bocskai reçut les comitats de Szatmár, de Szabolcs, d’Ugocsa et de Bereg ainsi que le château de Tokaj, certes à titre personnel). On rétablit la liberté des cultes dans le Royaume de Hongrie et on adopta le principe selon lequel seuls des Hongrois pourraient désormais accéder aux dignités de portée nationale.
Six mois ne s’étaient même pas écoulés depuis la paix de Vienne que fut signé – fait non moins important – le traité de Zsitvatorok, entre l’Empereur et les Turcs (15 novembre 1606). Les frontières furent maintenues telles quelles et ni l’Empereur ni le Sultan – qui était absorbé dans la guerre contre la Perse – ne purent rien changer à la situation.
Ainsi donc, la tuerie qui avait duré quinze ans était achevée. Le bilan militaire montrait un équilibre presque parfait: dans les régions de Kanizsa et d’Eger, c’étaient les Turcs qui avaient avancé tandis qu’en Nógrád et le long du Maros (en Transylvanie), c’étaient les chrétiens. Les contemporains étaient d’ailleurs conscients de ce phénomène étrange: depuis 1521, c’était la première guerre dans laquelle les Turcs ne réussirent pas à remporter une victoire en Hongrie. La formidable machine de guerre turque commençait à se rouiller et comme il n’y avait plus de nouvelles conquêtes, s’amorça la lente décadence de l’Empire ottoman.
La réalité, vue de la Transylvanie, révélait à nouveau que les Habsbourg n’étaient pas à même de protéger cette lointaine province contre les Turcs, et que la Principauté avait cependant besoin d’eux pour contrebalancer l’influence des Turcs. Tout comme dans la première moitié du siècle, quand c’était l’instinct de survie de la classe dirigeante hongroise qui avait créé le nouvel Etat, ce furent maintenant les grands seigneurs des régions à l’est de la Tisza qui ressuscitèrent le pays considéré déjà comme inexistant; les Transylvains n’acceptèrent de faire acte de soumission que bien plus tard, et en partie parce qu’on les y avait contraints. Quoi qu’il en soit, les relations confuses entre la Transylvanie et le Royaume de Hongrie se sont enrichies d’un nouvel aspect: l’évidence, à l’époque de Bocskai, reconnue par les Ordres hongrois qu’ils pouvaient eux aussi avoir besoin de la Transylvanie: «tant que la couronne de Hongrie sera aux mains d’une nation plus forte que la nôtre, l’allemande …, il sera toujours nécessaire et utile de maintenir un prince hongrois en Transylvanie, car celui-ci leur sera utile et les protégera», écrivit Bocskai dans son testament.*
Magyar történelmi szöveggyűjtemény (Recueil de textes historiques hongrois). Publ. par GY. EMBER–L. MAKKAI–T. WITTMAN, Budapest, 1968, I.372.
Pourtant la leçon faite aux Hongrois et aux Transylvains fut terrible. Certes, la dévastation n’était ici pas aussi grande que dans la Grande Plaine ou dans 292les environs de Buda où, après les sanglantes années de guerre, des régions entières avaient été vidées de leur population, mais là aussi, les interventions militaires, les excès de la soldatesque, les épidémies qui accompagnaient régulièrement toute campagne militaire avaient pratiquement décimé la population.
Ce que la guerre n’avait pas détruit, le pillage systématique des différentes armées s’en était chargé. Les soldats soutirèrent des dizaines de milliers de florins, même dans les villes de moindre importance. Pour la seule région de Brassó, la présence de Basta avait coûté 350 000 florins or. Le général emporta de Transylvanie, à lui seul, deux tonnes d’or et d’argent. L’économie du pays déjà en proie à des difficultés financières, essuya un coup quasiment mortel quand ses métaux précieux furent volés. La plaie de la question sicule fut rouverte, les immenses domaines princiers tombèrent en morceaux.
Bocskai réussit à relever la Transylvanie, mais désormais elle avait une autre condition. Elle était devenue plus pauvre et plus vulnérable que jamais, et elle devait sa résurrection davantage à la fatigue réciproque des deux antagonistes qu’à sa propre force. Si l’un des deux voisins reprenait ses forces, le sort de la Principauté serait vite remis en question.
Le nouveau souverain était un excellent général et, comme les dernières années de sa vie le prouvèrent, il était aussi un bon diplomate, un homme d’Etat capable de prendre de graves décisions. S’il avait vécu plus longtemps, il aurait peut-être réussi à accelérer le processus de relèvement qui avançait fort lentement. Mais le sort ne lui en laissa pas le temps: à peine quelques semaines après que le double traité de paix couronnant l’œuvre de sa vie fût signé, il mourut dans sa capitale provisoire, à Kassa, le 29 décembre 1606. Les haïdouks, désespérés par le deuil, massacrèrent le chancelier Mihály Káthay, soupçonné de l’avoir empoisonné, mais la perte était irrémédiable et la Transylvanie dut se trouver un nouveau souverain.

 

 

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